La victoire historique de Naomi Osaka à l’US Open propulse la joueuse de tennis au rang de star mondiale. C’est la première fois qu’une Japonaise gagne un tournoi du Grand Chelem. Les médias nippons saluent d’autant plus son exploit qu’il a été accompli contre une légende, Serena Williams. La presse évoque la relation complexe que cette métisse d’origine nippo-haïtienne, qui a grandi aux Etats-Unis, a tissée avec l’archipel.

Depuis la victoire, samedi 8 septembre 2018, de Naomi Osaka à l’US Open de New York, la presse japonaise n’insiste pas sur l’attitude de son adversaire américaine durant la finale, qui a quelque peu gâché la fête.

Certains journalistes préfèrent relever qu’après le match, Naomi Osaka a été prise d’une soudaine envie de manger des sushis, relate notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles. Conclusion des médias : pas de doute, elle est bien japonaise.

« Toutes mes félicitations pour votre victoire à l’US Open. Premier Japonais à remporter un titre du Grand Chelem. Merci de donner force et inspiration à tout le Japon », a tweeté le Premier ministre, pourtant peu ouvert à l’immigration.

Shinzo Abe était en train de se rendre sur l’île d’Hokkaidō, où un important séisme a provoqué des glissements de terrain la semaine dernière, ensevelissant les maisons d’une petite ville et causant la mort d’au moins 35 personnes.

La chaîne NHK a stoppé sa couverture en continu des récentes catastrophes naturelles pour parler de la victoire. Le quotidien nippon Asahi Shimbun a annoncé qu’une édition spéciale allait être imprimée et distribuée dans les rues de Tokyo.

 
Par ses altercations avec l’arbitre, Serena Williams a quelque peu éclipsé son adversaire victorieuse, lors de la finale de l’US Open. Mais elle lui a rendu hommage.Reuters / Robert Deutsch-USA TODAY Sports

Naomi Osaka, 20 ans, devra choisir sa nationalité d’ici un an

Singulier destin que celui d’Osaka et de sa famille. Son père haïtien rencontre sa mère japonaise dans l’île d’Hokkaidō justement. Mais la société japonaise est homogène, et la belle-famille n’accepte pas ce mariage avec un Noir haïtien.

Naomi naît dans la ville d’Osaka. Trois ans plus tard, sa famille décide de l’élever dans le cosmopolitisme américain. Elle se trouvait donc chez elle à l’US Open. Y jouer une finale contre son idole Serena Williams était d’ailleurs son rêve.

D’ici un an, Naomi Osaka devra néanmoins choisir entre ses nationalités japonaise et américaine. Le Japon ne reconnaît pas la double nationalité. Pourtant, l’archipel s’ouvre au métissage jusqu’à se donner une Miss Japon aussi noire que Naomi.

Son père voulait, par amour pour sa mère, que Naomi représente le Japon. Ses fans crient : « Peu importe la couleur de sa peau ! » Quant à ses grands-parents d’Hokkaidō, ils n’ont jamais été aussi fiers de leur petite-fille de 1,80m.

Tetsuo Osaka, son grand-père, s’est exprimé sur la télévision publique NHK : « Je n’arrive toujours pas à y croire. Lorsqu’elle a gagné, on s’est serrés dans nos bras avec ma femme. J’étais tellement heureux, j’ai pleuré. »

Osaka après sa première victoire enGrand Chelem, samedi 8 septembre 2018 à New Naomi York.Reuters / Danielle Parhizkaran-USA TODAY SPORTS

Une jeune génération de Japonais plus ouverte au métissage

Il arrive parfois à Naomi Osaka de répondre en anglais aux questions des journalistes nippons, en s’excusant de ne pas trouver le mot juste dans la langue de sa mère. Mais sur les réseaux sociaux, les Japonais semblent s’en moquer.

« L’interview qu’elle a donnée montre clairement qu’elle est japonaise, peu importe où elle est née, où elle a grandi, la couleur de sa peau et la langue qu’elle parle », peut-on lire chez un internaute s’exprimant sur Twitter.

Le Japon reste homogène et les discriminations existent. Naomi est-elle prête à l’accueil qui va lui être réservé à Tokyo ? « Il semblerait que non, je ne suis pas prête, parce que tout le monde me pose cette question », dit-elle.

Mais ce moment arrivera vite et Naomi Osaka pourra vérifier que le pays de ses grands-parents évolue sur la question du métissage. Car son prochain objectif, son prochain tournoi, se déroulera la semaine prochaine à Tokyo.

En attendant, son compatriote tennisman Kei Nishikori a inondé Twitter d’émoticônes symbolisant des trophées et autres drapeaux japonais, suivi d’un tweet exprimant sa fierté, avec de nouveau le drapeau national à l’honneur.

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