L’équipe nationale féminine de hand-ball du Sénégal prépare la Coupe d’Afrique des nations prévue au mois de décembre prochain à Brazzaville (Congo). Seydou Diouf, le président de la fédération, travaille d’ailleurs actuellement pour que les « lionnes » soient dans de bonnes conditions de préparation. Dans cet entretien, il est revenu sur l’épisode malheureux de la Can 2016 à Luanda, les décisions retenues, le cas Doungou Camara, le programme de l’équipe d’ici décembre et les objectifs fixés. Seydou Diouf entend par ailleurs se porter candidat à sa propre succession.

Deux ans après sa disqualification à la Can à Luanda, l’équipe nationale féminine de hand-ball du Sénégal prépare celle de 2018 au Congo Brazzaville. Quel sentiment vous anime après deux longues années d’incompréhension ?
D’abord, je voulais vous remercier. Je pense que le Quotidien national Le Soleil a été toujours du côté de la Fédération sénégalaise de hand-ball en l’accompagnant dans sa volonté d’avoir une meilleure exposition médiatique. Je voulais aussi saluer et rendre hommage à tous les journalistes sportifs du Soleil qui font un excellent travail en toute objectivité. Vous l’avez dit, 2018 sera l’année de la Can féminine à Brazzaville au Congo. Pour nous, c’est une compétition importante parce qu’en 2016, les souvenirs sont encore très frais dans nos mémoires avec au plan sportif la grosse satisfaction que nous avons obtenue de voir une première fois dans l’histoire sportive du Sénégal, une sélection nationale de hand-ball aller aussi loin. Mais le souvenir est là : au plan administratif et de manière injuste, nous avons été privés d’une finale historique à Luanda et cela nous amène aussi à être habités par un sentiment de revanche sur l’histoire. C’est le même sentiment qui habite à la fois le staff technique et les joueuses. Nous avons profondément vécu cette situation de Luanda comme une injustice ; je ne reviendrai pas sur cela. J’ai eu à en parler avec les autorités nationales mais aussi avec les autorités qui gèrent le hand-ball au plan continental. Au plan international, j’étais récemment à Libreville à l’occasion de la Can masculine où j’ai eu une longue discussion avec le président de la Fédération internationale de hand-ball. Je pense que ce que nous avons subi (à Luanda) constitue une opportunité pour nous de revoir les règles du code d’admission de la fédération internationale, afin de permettre aux pays africains de pouvoir solliciter le changement de nationalité pour les jeunes athlètes (ceux qui n’ont pas été en compétition chez les séniors) comme cela se pratique dans les autres disciplines sportives. C’est une ouverture sur laquelle je suis en train de travailler avec le président de la Confédération africaine de hand-ball, le président de la fédération internationale et son premier vice-président qui se trouve être le président de la Fédération française de hand-ball. Je voudrai rappeler et rassurer tout le monde, ni le Sénégal (en Dames), ni la joueuse (Doungou Camara) n’ont fait l’objet de suspension. Si les faits qui nous étaient reprochés étaient avérés, le Sénégal tout comme l’athlète auraient été suspendus. Il n’y a pas de suspension qui pèse sur le Sénégal, la preuve nous allons participer à la Can à Brazzaville, tout comme l’athlète Doungou Camara va également y participer.

Les « lionnes » vont effectuer leur premier stage au mois de mars plus précisément du 19 au 25 en France. Quelle sera la suite du programme après ce regroupement ?
Nous allons étaler la préparation de la sélection nationale sur l’année, parce que dans l’année nous avons des semaines internationales que certains pays utilisent pour aller jouer des matchs amicaux. Le Sénégal a l’ambition de se maintenir au plus haut niveau et ça c’est un défi. Pour cela nous avons pris deux choses ; garantir la continuité du travail qui a été entamé depuis 2016 en maintenant le manager général Fréderic Bougeant. Il a fait également preuve d’un engagement sans faille puisque qu’il a décidé de revenir en France pour prendre l’équipe première de Nantes afin d’être plus proche de ses joueuses de la sélection du Sénégal et de s’occuper de cette préparation comme on l’avait fait la dernière fois.

Frédéric va garantir la continuité du travail parce qu’il connaît déjà le groupe, les filles connaissent ses méthodes, il fait preuve de rigueur. Il a eu beaucoup de sollicitations, mais on a convenu qu’il reste et continue le travail qu’il a commencé.

La deuxième chose est, du point de vu des joueuses, c’est de renforcer l’équipe tout en mettant la sécurité juridique nécessaire. Aujourd’hui non seulement nous avons un bon groupe mais il va être renforcé par une joueuse comme Coumba Cissé qui était en équipe de France sénior et qui va rejoindre la sélection du Sénégal. Il y a aussi l’arrivée d’une joueuse d’origine camerounaise, ancienne pivot de l’équipe de France. Elle veut venir jouer pour le Sénégal parce qu’elle veut terminer sa carrière sportive avec une sélection africaine. Son pays d’origine l’a appelé mais elle préfère être dans l’organisation mise en place par le Sénégal, qui, pour elle, a une organisation sérieuse qui permet d’aller vers des résultats. Je pense que l’un dans l’autre, nous allons renforcer ce groupe avec les joueuses que nous avons même si certaines ont malheureusement décroché (2 ou 3 joueuses). Le premier stage sera organisé du 19 au 25 mars en France et au cours duquel nous aurons à jouer trois matchs avec l’équipe réserve d’abord de Nantes en N1 le 21, puis de Rennes et enfin on termine le stage avec l’équipe première de Nantes (D1). vingt joueuses ont été appelées, le staff technique également a été reconduit parce que du point de vue de gestion du groupe, cette équipe a fait un excellent travail. Nous aurons un second stage au mois de juin, traditionnellement il doit être organisé au Sénégal pendant la période internationale. Comme on veut en faire un stage assez intensif, nous sommes en train de voir, s’il y a une possibilité d’aller en Corée du Sud. Si tel est le cas, se sera une bonne chose parce que l’équipe coréenne est réputée être de classe mondiale. Après on aura un autre stage sur la semaine internationale d’octobre et enfin on terminera avec 15 jours de stage au mois de novembre pour enchaîner directement pour Brazzaville.

Elle avait autorisé la joueuse Doungou Camara a jouer, elle l’a fait au mépris des règles qui régissent la discipline (le code d’admission de l’IHF). Aujourd’hui la confédération africaine n’avait aucun moyen de se dédire. Et on était en fin 2016, il s’est passé une année, on entame la Can 2018, et j’ai pensé qu’il était plus opportun, j’en discutais d’ailleurs avec le ministre des Sports, afin de ne pas continuer à aller au tribunal arbitral pour la bonne et simple raison que le mal est déjà fait, même si on vous donne raison. Déjà le tirage de la coupe du monde a été bloqué longtemps à cause du recours du Sénégal, en un moment il ne fallait pas aussi apporter des blocages et vous mettre à dos tout le monde. Nous avons discuté, aujourd’hui qu’il s’agit de l’IHF et de la confédération, ils sont tous habités par un sentiment de gêne énorme parce qu’ils sont conscients des efforts que le Sénégal avait eu à faire. Si aujourd’hui du fait de cette situation, le Sénégal arrive à régler les problèmes du changement de nationalité des handballeuses qui ont joué en petite catégorie dans des équipes européennes mais qui, une fois en sénior, ont fait l’option de jouer en sélection africaine, au moins ça aura été un mal pour un bien. Autrement dit, grâce au Sénégal, les jeunes africains qui évoluent en Europe et particulièrement en France pourront rejoindre leur pays dès qu’ils ont l’âge sénior sans attendre trois ans. Je pense que ce serait une bonne chose.

La joueuse Doungou Camara fait partie des 20 joueuses convoquées lors de ce stage; mais est-ce que son cas est réellement réglé ?
Il n’y a pas de problème avec Doungou Camara ! C’est une handballeuse qui a joué en équipe de France jeune, mais pas en équipe A. En mars 2015, elle sortait de sa dernière sélection qui a eu lieu en décembre 2014 avec l’équipe de France jeune. On l’a appelé en mars, elle est venue à Thiès pour jouer son premier match avec la sélection du Sénégal, lors du tournoi de la zone 2 qualificatif aux jeux africains de 2015. On a enchaîné directement avec le TQO (tournoi qualificatif aux jeux olympiques); c’était en mars 2015 aussi à Luanda. Lors de cette compétition, la direction de la compétition avait considéré que Doungou Camara ne devait pas jouer avec le Sénégal parce qu’elle sortait de la coupe d’Europe junior avec la France. La direction avait alors retenu son passeport. De notre côté, nous avons saisi l’instance d’appel qui est l’exécutif, qui avait considéré que Doungou Camara ayant joué en équipe de France jeune, pouvait valablement rejoindre le Sénégal une fois sénior. Elle a pu jouer alors la compétition et repris son passeport. Au handball, ce qu’il faut comprendre, c’est lorsqu’un athlète n’est pas qualifié son passeport est gardé. On autorise la joueuse de participer à la compétition, s’il est restitué et la liste validée, et c’est que s’est passé à Luanda. Donc pour nous Doungou Camara est régulièrement qualifiée pour le Sénégal.

On sort du TQO de Luanda, on part aux jeux africains et elle joue naturellement pour le Sénégal. A la Can cependant, elle joue jusqu’en demi-finale… Ce qui est regrettable sur cette affaire est que le jury d’appel n’a pas été à la hauteur parce qu’on a reçu le procès-verbal le jour de la finale. Le matin on nous signale que l’IHF a envoyé un avis ! Mais une compétition africaine n’est pas une compétition internationale. L’IHF a même fauté en donnant son avis sur une affaire qui concerne une compétition africaine. Les statuts de l’IHF prévoient que l’instance continentale a la responsabilité entière de toutes les décisions liées à sa compétition. Quand on a fait recours, on s’est rendu compte que même la nature de la sanction infligée au Sénégal ne figure pas dans les statuts de la confédération. Il est prévu une disqualification sur des cas de violences mais pas sur des cas d’autorisation de jouer. Bref ce que les Sénégalais doivent retenir est que, si la joueuse avait fauté, elle aurait écopé d’une sanction. Le Sénégal a été disqualifié injustement et la joueuse exclue de la compétition.

Mais n’avez-vous pas peur de revivre le même scenario sachant que vous êtes toujours en train de revoir les textes ?
Non car, par souci de prudence, je vais envoyer un courrier à l’IHF pour acter la qualification de toutes les joueuses du Sénégal avant la compétition. La confédération va s’y atteler. Je préfère me prémunir en demandant l’avis de la confédération et de l’IHF sur la qualification de toutes les joueuses.

Entretien réalisé par Absa NDONG (texte) et Abdoulaye Mbodj (photo)

SEYDOU DIOUF PRESIDENT DE LA FEDERATION : « NOUS AVONS DES DÉFIS À RELEVER »
Seydou Diouf Hand 2

Dans cette seconde partie de l’interview de Seydou Diouf, le président de la Fédération sénégalaise de handball, évoque les challenges qu’il entend mener au cours du prochain mandat. En prime, la conquête de titre continental.

Cet épisode malheureux de la Can 2016 n’est-il pas une tache noire dans votre bilan ?
D’abord, je ne suis jamais dans l’autosatisfaction, nous avons encore beaucoup de choses à faire. Je me satisferai de mon bilan à la tête de cette fédération lorsque nous réussirons à faire de sorte que nos sélectionnés en équipe nationale soient des athlètes qui évoluent au plan local. Tant que se sont des athlètes qui viennent de l’étranger, même si ce sont des Sénégalais, cela veut dire que quelque part notre travail reste inachevé. On va y remédier d’ailleurs. Tache noire, ça l’aurait été si j’avais la profonde conviction que nous avons cherché à frauder ; mais c’était un cas connu, posé sur la table, pour lequel la confédération africaine a donné l’autorisation. Il y a aucune envie de frauder, donc aucune responsabilité ne peut être aujourd’hui imputée à la fédération, puisque c’était un cas connu.

Après tout cela, je suis habité par un sentiment de dépassement mais je veux transformer cet épisode malheureux en vecteur de performance pour l’équipe et tout le staff, y compris la fédération. Le Sénégal va revenir beaucoup plus fort et aguerri pour aller conquérir des titres sur le plan continental.

Voilà mon état d’esprit. Je ne dirai pas que cet épisode est derrière nous parce que tous les jours j’y pense ! Je me demande comment ils ont pu en arriver là. Je me revois moi, le jour où le procès-verbal du jury d’appel m’a été donné. Mais aujourd’hui, je regarde dans les yeux les gens qui avaient siégé. Je ne baisserai jamais les yeux devant eux, car je n’ai pas fraudé. Mais eux, quand on se rencontre dans nos réunions continentales, ils font tout pour se rapprocher de moi.

Tache noire oui parce qu’on avait élevé les choses. Comme je l’avais dit au président international, cette question est intervenue au moment où le ministre de sports était ici à l’assemblée devant défendre le budget du département des sports et à l’entame les députés qui prenaient la parole se féliciter de voir pour la première fois le hand-ball arriver à ce niveau. C’est dans la salle que la nouvelle est tombée. En conseil des ministres, le président de la République a fait part de son incompréhension. Forcement cela fait quelque chose en moi mais, après tout, je sais d’où nous sommes venus, où nous sommes arrivés et les efforts que l’Etat a fait pour nous accompagner. Je suis suffisamment responsable pour ne pas me verser dans des actes qui pourraient compromettre l’image de notre pays. Mais quand on le subit de manière injuste, il faut le faire comprendre aux gens. Je pense qu’on s’est suffisamment expliqué sur la question pour que tous les Sénégalais puissent comprendre. Ce que je ne voulais pas du tout, c’est que la responsabilité de la fédération soit engagée.

Nous n’avons jamais cherché à frauder et nous n’allons jamais frauder. C’est un cas qui était connu car nous avons obtenu l’autorisation de faire jouer Doungou Camara pour la sélection deux ans avant.

Comment cela se fait-il que deux ans après on nous le reproche. Ce n’est pas une méconnaissance des textes et il faut le dire. Nous sommes suffisamment responsables du point de vu des textes et sérieux dans le travail. Je suis un humain et je suis faillible, les gens de la fédération également. Bref cet épisode est douloureux ! Une tache noire, cela dépend de comment les gens vont l’interpréter mais je considère que ce qui est important, c’est le travail que nous entamons pour préparer les filles afin d’aller plus loin.

A vous entendre parler, on dirait que la Can 2018 est une revanche pour le Sénégal ?
Mais absolument ! Je le dis et c’est le message qu’on va délivrer. Je fais tout d’ailleurs pour voir avec le ministre des Sports si son agenda nous le permet de venir relancer les choses à l’occasion de ce stage de mars. C’est un sentiment de revanche parce que ceux qui étaient au cœur de tout cela à la Can 2016 sont des adversaires. On va rencontrer ces équipes !  Je dis, nous avons pris l’option de nous battre pour que le sélectionneur ne parte pas, lui-même est dans ce sentiment de faire un travail sérieux. On sait où on va, ce que nous avons vécu et ce qu’on veut faire. Mais il ne faut pas en faire trop, pour ne pas perturber les filles.
 
Etes-vous prêts à briguer un troisième mandat ?
La réflexion est en cours… mais quand je regarde tout ce qui s’est passé, je pense qu’on va aller vers ça. Je remets mon mandat en jeu, et je vais être candidat pour continuer le travail, élargir l’équipe, l’ouvrir. Il faut la présence des gens des régions dans le comité directeur pour faire en sorte que cette politique de décentralisation sportive se reflète également dans l’instance dirigeante du hand-ball. De mon point de vue, les régions doivent être davantage entendues parce qu’elles sont en train de faire un travail extraordinaire avec des responsables qui sont dépourvus de tout moyen. Cela permettra aussi à la fédération de sentir le cœur des régions battre en son sein. Ce qui n’entache en rien le travail qui est fait par les responsables Dakar. C’est un challenge ! L’autre challenge est la reconstruction de l’équipe masculine. Aujourd’hui on a entamé un processus avec le sélectionneur Djibi Diagne et avec un stage qui a eu lieu en décembre à Sedan. Nous aurons un autre stage au mois de juin. Nous sommes dans une trajectoire de reconstruction de la sélection nationale qui, depuis 2014 à la dernière Can en Algérie, avait connu des difficultés.

Par Absa Ndong (texte) et Abdoulaye Mbodj (photo)

 
Categories: Handball, Une Handball

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