Omez Diagne, consultant : « Balla Gaye 2 n’a aucun intérêt à lutter avec Eumeu Sène cette saison »

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Selon le consultant de lutte Omez Diagne, Modou Lô doit renforcer son staff technique et faire un bon tri de ses adversaires, pour conserver sa couronne de Roi des arènes. Le technicien, interrogé par le journal ‘’EnQuête’’, a donné son avis sur le bilan de la saison 2018-2019 du Comité national de gestion (Cng) de la lutte sénégalaise, les causes de la faiblesse du nombre de combats de lutte, les réformes envisagées par les dirigeants de la lutte, l’avenir d’Eumeu Sène…

Le rapport d’activité du Comité national de gestion (Cng) de la lutte sénégalaise a fait état de 493 combats pour 4 045 lutteurs. Quelle analyse faites-vous de ce bilan ?    

Je dis que c’est une faiblesse. Les promoteurs ont organisé 493 combats pour 4 045 lutteurs en 49 journées. Donc, c’est un taux très faible par rapport aux chiffres de la saison précédente.  Mais cette insuffisance est causée par des trêves imposées par le mois de ramadan et la Coupe d’Afrique des nations (Can). Le démarrage officiel de la saison, initialement prévu en octobre, a été reporté en décembre. Ce retard a causé beaucoup de difficultés aux promoteurs.  Il y a eu également des problèmes avec l’arène nationale dont le respect du cahier des charges a été difficile pour les promoteurs. Certains d’entre eux ont organisé leurs journées au stadium Iba Mar Diop et au stade Léopold Sédar Senghor. C’est pourquoi il n’y a pas eu beaucoup de combats pendant la saison 2018-2019.

Les résultats attendus n’ont pas été atteints par les promoteurs et le Cng. Le président Aliou Sarr et ses collaborateurs ont fait quand même des recommandations par rapport à la démarche opérationnelle qu’ils veulent adopter dans les prochaines années. Donc, il faut qu’il y ait une mise en œuvre de tout ça dans l’immédiat. Cela leur permettra d’avoir des résultats satisfaisants dès la saison 2019-2020.

Ne pensez-vous pas qu’il existe d’autres facteurs bloquants, parce que la carence de combats est constatée quasiment toutes les saisons ?

Effectivement. Le manque de compétition est là depuis quelques années. Il est très rare de voir un lutteur disputer deux combats dans une saison. La faiblesse du nombre de combats est causée principalement par l’insuffisance des promoteurs.  Mais il faut comprendre que la lutte dépend du secteur privé où la manne financière n’est pas très importante parce qu’il n’y a pas non plus beaucoup de sponsors. Il y a certes beaucoup de personnes qui évoquent la violence comme goulot d’étranglement, mais moi, je ne partage pas leur avis. La violence existe bien dans la lutte, mais ce n’est pas un facteur déterminant.

Qu’est-ce qu’il faut maintenant pour pallier ce déficit de combats dans l’arène sénégalaise ?

Les solutions sont nombreuses. Et je crois qu’elles doivent émaner des acteurs de la lutte. Ces derniers doivent travailler à la base. Ils doivent procéder à une meilleure structuration des écuries. Donc, la gestion doit revenir à la base. Cela devra se faire de façon stratégique. Les présidents d’écurie doivent désormais gérer les ressources humaines dont ils disposent, en travaillant pour une bonne dynamique de groupe et chercher un marketing pour couvrir ces difficultés. Ils doivent aussi chercher des sponsors. Les amateurs doivent également jouer leur partition dans la billetterie. L’insuffisance de la billetterie a précipité le départ des promoteurs. Aziz Ndiaye et Gaston Mbengue sont partis.

Luc Nicolaï n’est plus dans les dispositions d’organiser beaucoup de combats.  Le Cng, les écuries et les amateurs ont l’obligation de faire revenir les sponsors. Cela pour permettre aux anciens promoteurs comme Aziz et Gaston de faire leur retour dans l’arène. Ils ont commencé cette saison. Il nous faut aussi des écuries fortes. Les présidents d’écurie doivent imposer aux lutteurs le versement de 15 % de leurs cachets en guise de reconnaissance. Cette contribution permettra aux écuries et aux écoles de lutte d’être autonomes pour accompagner les espoirs dans leur carrière. Le soutien de l’Etat peut également permettre à la lutte de décoller.

C’est ce qui explique le fait que je ne partage pas l’opinion de Tyson. Le Cng ne peut pas fonctionner sans l’appui de l’Etat. Il est d’ailleurs un démembrement de l’Etat, même si on tend vers une fédération dans un futur proche. C’est pourquoi le président Alioune Sarr et ses collaborateurs n’ont jamais rendu publics leurs rapports annuels pendant plus de dix ans. Ils l’ont fait pour la première fois cette saison, parce que le ministre a mis en œuvre une réforme qui doit entrer en vigueur d’ici deux ans.  Mais avant d’y arriver, le Cng recevra un soutien de l’Etat à travers son ministère des Sports. Ce dernier doit les aider à avoir des ressources pour l’organisation des combats.

Le Cng veut rendre obligatoire le port des gants pour éviter les Ko fatals. Qu’en pensez-vous ?

C’est une mesure salutaire. Elle vient au bon moment, parce qu’il y a eu 17 Ko, lors de la saison 2018-2019. Le Cng a estimé qu’il faut protéger l’intégrité physique du lutteur. Je pense qu’il est temps que les lutteurs portent des gants de protection qui permettent de mieux privilégier la boxe. Les membres du Cng ne doivent pas s’arrêter là. Ils doivent aussi imposer le port de protège-dents.

Eumeu Sène a perdu le titre de Roi des arènes une année après son sacre de 2018. Croyez-vous que son successeur, Modou Lô, puisse faire mieux que lui ?   

Modou Lô peut régner plus d’un an. Mais ça ne sera pas facile pour lui. Tout dépend de son adversaire de la saison 2019-2020. Il doit d’abord renforcer son staff et essayer d’améliorer ses qualités technico-physiques. C’est cela qui lui permettra de durer sur le trône. C’est ce que Manga 2, Yékini et Tyson avaient réussi. Ils ont régné 5 ans au moins.

Mais on a constaté que la conservation du titre de Roi des arènes est devenue très difficile, après la chute de Yékini en 2012. Balla Gaye 2, qui l’avait détrôné, n’a pas duré ; il a tenu deux ans. Bombardier et Eumeu Sène ont subi le même sort. Modou Lô doit donc relever ce défi, en essayant de durer sur le trône. Il peut le réaliser en s’appuyant sur une bonne direction technique. Le mécanisme est valable aussi pour les autres lutteurs. Il faut que les directeurs techniques aient une mainmise sur les athlètes et que les entraineurs définissent les graphiques des lutteurs, faire une planification et l’évaluer par rapport à leurs performances sur des fourchettes de combats. Il faut penser aussi à la mise en place d’écuries fortes basée sur une bonne organisation et une bonne méthode de travail.

Le combat Balla Gaye 2 – Eumeu Sène est réclamé par beaucoup d’amateurs. Est-ce possible de l’organiser la saison prochaine ? 

C’est bien possible, mais il n’est pas d’actualité. Eumeu Sène avait juré de ne plus affronter Balla Gaye 2, mais les choses ont changé actuellement. Eumeu Sène est en difficulté, après sa défaite contre Modou Lô. Il a perdu le titre de Roi des arènes à l’issue d’un combat très laborieux. Balla Gaye, lui, a réalisé une performance importante, en battant pour la deuxième fois Modo Lô. Il n’a aucun intérêt à lutter avec Eumeu Sène pour la saison 2019-2020. Le leader de l’écurie Ty Shinger n’a qu’à foncer sur Tapha Tine, Lac de Guiers 2 ou Bombardier. Ce sont ces combats qui l’attendent en ce moment.

Quant à Modou Lô, il doit bien choisir ses adversaires, pour conserver la couronne le plus longtemps possible.

Enquête Plus

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