MOUSTAPHA DIALLO ANCIEN MILIEU DE TERRAIN DU SENEGAL: «Aliou Cissé est un bon coach, mais pourquoi ne pas lui trouver un adjoint qui puisse l’aider»

Moustapha Diallo est de retour au Sénégal. Un an après une blessure à la cheville qui l’a contraint à mettre un terme à sa carrière, l’ancien international sénégalais revient sur ses 10 ans au plus haut niveau. Un parcours jalonné de succès à Guingamp et d’épisode plus douloureux à Nîmes avec l’arrêt brutal de sa carrière, la sélection nationale du Sénégal, la proposition de Mayacine Mar pour un second adjoint à Aliou Cissé, qu’il approuve. Pendant près de 30 mn, chez lui à Liberté 6, il n’élude aucune question. Entretien.


Les Echos : Pouvez-vous revenir sur votre parcours en tant que footballeur ?

Moustapha Diallo: Avant tout, je rappelle que je suis né et j’ai grandi à la Médina où j’ai fait mes armes au Jaraaf de Dakar. Un club ou j’ai pratiquement fait toutes les catégories. Par la suite, j’ai eu la chance, en 2006, de partir en Belgique, mais cela ne s’est pas bien passé. Ensuite, je suis rentré au Sénégal pour me relancer, après une année passée en Belgique. Mon souhait était de revenir et de rejouer avec le Jaraaf, en 2009. Un choix payant, puisque c’est à l’issue de cette saison que j’ai rejoint Guingamp où j’ai passé 9 ans. J’ai signé à Nimes. Au début tout allait bien, mais avec la blessure, ça s’est moins bien passé. C’était la fin de ma carrière de footballeur.

 Comment vous êtes-vous blessé ?

Je ne voudrais pas trop revenir sur ma blessure, parce que j’en ai beaucoup parlé. C’était un problème de cheville. C’est un problème de cartilage. Un liquide qui est au niveau des os de la cheville et qui s’est usé. Ça a commencé à enflammer les os à ce niveau de mon 

Qu’avez-vous ressenti quand vous-avez eu la certitude de ne plus rejouer au football ?

Au début, c’était dur. Mais bon, après, ce n’est pas… (Il marque un temps d’arrêt). Ce n’est pas comme si je venais de débuter ma carrière. C’était presque la fin. Raison pour laquelle je l’ai accueilli avec philosophie. J’ai pu digérer ! Au début, j’étais vraiment déçu, parce que je venais de signer 2 ans à Nîmes. Mon objectif était d’aller jusqu’au bout de mon contrat. Nîmes est un club qui me plaisait bien. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme prévu. C’était très dur d’un coup. Pendant toute ta vie, t’as fait que jouer au foot, un jour ta carrière s’arrête brusquement, c’est dur à avaler. C’était dur aussi pour ma famille et pour ma mère. Maintenant, on commence à s’y faire et adopter une vision différente. C’était compliqué quand même, au début.

Après la blessure, pourquoi êtes-vous resté longtemps en France, presque toute une saison ?

Après la blessure, il y a eu des procédures. Quand on a une blessure, on va voir un premier chirurgien qui donne son avis. Il m’avait dit que je ne pouvais plus jouer ou faire un sport de haute intensité. Un autre chirurgien, que j’ai vu après, avait proposé des solutions, genre calmer la douleur pour un certain temps. On m’a aussi proposé de voir un spécialiste, un ostéo, spécialiste du cartilage. Ça a pris beaucoup de temps. On ne peut te dire que tu ne peux plus jouer et tout de suite qu’on plie bagages. Il fallait voir des spécialistes pour un résultat final.


Quel a été votre secret pour la stabilité de votre carrière ?

Ma chance est que lorsque j’ai signé à Guingamp, c’était avec un agent sénégalais (Thierno Seydi). Il m’a beaucoup aidé dans ma carrière. J’ai aussi une femme qui a été présente. Quand on a une femme qui a les mêmes objectifs que toi, on peut s’en sortir. Mon épouse a été plus disponible que moi, du coup, c’est elle qui m’a aidé. Ensemble, on a fait beaucoup d’investissements qui nous ont permis d’être tranquille en ce moment. Il n’y a pas de secret, j’ai juste eu la chance de tomber sur les bonnes personnes, qui m’ont permis de me concentrer exclusivement sur ma carrière. Ma mère et ma famille aussi ont joué un grand rôle dans ma carrière.

Comment votre femme a vécu votre blessure qui vous a mené à la retraite ?

Elle l’a vécue comme moi. C’était dur vraiment. On s’est connu en 2004 quand j’étais au Sénégal, quand je n’avais rien. On a fait tout le parcours ensemble. Elle sait tout de moi. Elle savait tout sur ma blessure. Elle savait qu’à tout moment que ma carrière allait s’arrêter. Elle est restée présente.

Avez-vous des projets personnels pour le football sénégalais ?

Dans les normes, mon rôle d’ambassadeur se résume à ça. Comme je l’ai dit, mon travail consiste à promouvoir le football sénégalais en tant qu’ambassadeur de Guingamp. Cela va passer par la création d’une académie peut-être. Mais, avant ça, il faut acquérir une certaine expérience. L’expérience, c’est quoi ? Aller côtoyer les gens du football local et aussi aller vers les centres de formation.  Cela fait 10 ou 11 ans que je ne suis pas au Sénégal et quand je viens, je fais juste un mois. Je vais commencer par prendre des rendez-vous avec les dirigeants sénégalais. Et s’il y a moyen éventuellement de mettre sur pied un centre, on le fera. Mon objectif principal, actuellement, c’est de faire voir les opportunités qu’offre Guingamp aux joueurs sénégalais.

Quels sont vos objectifs immédiats ?

Qui dit ambassadeur de Guingamp dit représentant du club au Sénégal. A toutes les manifestations sportives sénégalaises, je dois aller rencontrer les gens et parler du club de Guingamp. Et éventuellement d’essayer de convaincre les joueurs à aller jouer là-bas. Si je le dis, c’est que je l’ai vécu. Je reste à la disposition du football sénégalais et guingampais. Je n’hésiterai pas à aider les jeunes comme moi, issus d’une famille modeste, à trouver un meilleur cadre de vie et je veux le faire avec Guingamp.

Comment trouvez-vous le niveau du football sénégalais ?

Le premier match que j’ai regardé, c’était samedi. J’ai vu que le niveau était bon. Génération Foot, c’est normal qu’elle joue comme ça, parce que le club a tout ce qu’il faut pour que ses joueurs produisent un niveau élevé. Après, je vais essayer d’aller voir mon club de cœur, Jaraaf, et éventuellement tous les autres clubs. J’irai voir aussi mon grand-frère Babacar Ndiaye du Teungeuth FC avec ses petits. On s’est vu à Paris, on en a parlé. On va essayer de voir tout le monde et à la fin, on va évaluer le niveau.


En sélection nationale, vous n’êtes plus appelé depuis votre départ du Jaraaf, en 2009. Pourquoi ? 

Il m’est impossible d’expliquer les raisons de ma non-convocation en équipe nationale depuis que j’ai quitté le Sénégal. Mais, quand j’évoluais au pays, j’ai terminé dans l’équipe type du Chan en 2009 en Côte d’Ivoire.  Ensuite, j’ai été sélectionné dans l’équipe nationale A quatre fois, dont deux titularisations avec de bonnes prestations. C’est par la suite que je suis parti à Guingamp. Après, je n’ai pas été sélectionné. Peut-être, en ce moment-là, c’était un choix du coach, à l’époque. Il avait déjà ses joueurs. J’ai été un peu déçu quand même parce que j’avais plus d’expérience qu’en 2009 et je n’ai pas été sélectionné.

Quel regard portez-vous sur l’équipe nationale du Sénégal actuelle ?


Je pense qu’on a les meilleurs joueurs en Afrique. On a la meilleure sélection et c’est normal qu’on soit cité parmi les favoris à chaque compétition, vu le potentiel de nos joueurs. Nous avons réalisé un bon parcours à la Can pour être allé en finale. Nous avons manqué du caractère et je pense que certains joueurs ont aussi manqué de caractère. On avait les moyens de remporter la coupe. Comme le disent les anciens «une finale, on ne la joue pas, on la gagne». Sinon, vraiment, on a les joueurs et l’équipe qu’il faut pour bien représenter le Sénégal à chaque compétition internationale.

Quel est votre opinion sur le débat du renforcement du staff technique de l’équipe nationale ?

A mon avis, comme je l’ai toujours dit, une grande nation doit être coachée par de grands entraîneurs. Aliou Cissé est un bon coach, mais pourquoi ne pas lui trouver un adjoint qui connaisse bien le football africain qui puisse l’aider sur certains matchs ? Franchement, je suis partant pour qu’on étoffe le staff technique.
Entretien réalisé par Marième NDIAYE

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