Modou Lo, lutteur : «Je mérite plus que quiconque le titre de Roi des arènes»

Devenu « Roi des arènes » à la suite de son mémorable succès contre Eumeu Sène, Modou Lô a été désigné, le 5 novembre 2019, « Meilleur lutteur de l’année » par l’Association nationale de la presse sportive (Anps). Le chef de file de Rock énergie, qui s’est réjoui de cette distinction, revient dans cet entretien sur son riche parcours sanctionné par 20 combats (14 victoires, 3 nuls et 3 défaites).

Vous venez d’être élu meilleur lutteur de l’année 2019 par l’Anps. Un autre triomphe pour vous n’est-ce pas, après celui du titre de « roi des arènes » ?
Permettez-moi d’abord de rendre grâce à Dieu ! Je suis très heureux d’être élu meilleur lutteur de l’année. C’est un honneur, car je ne suis pas le seul lutteur dans l’arène. Je félicite cependant les autres nominés parce qu’ils n’ont pas démérité. C’est vrai aussi que 2019 est une année pleine pour moi, avec ces deux titres (roi des arènes et meilleur lutteur de la saison). Je dois désormais redoubler d’efforts pour ne pas décevoir mes supporters et sympathisants.

Parlez-nous de votre parcours. Surement, ça n’a pas été facile pour vous de rester constant durant 13 longues années ?
Dans la vie, rien n’est facile. Je suis de la même génération que beaucoup de lutteurs. Entre temps, certains ont arrêté et d’autres sont partis en Europe. J’ai voulu continuer ma carrière et faire mon chemin tranquillement. Je savais que ça n’allait pas être facile pour moi, mais aujourd’hui, je rends grâce à Dieu, je ne regrette rien. Seul le travail compte et j’en ai fait ma philosophie. Je me suis tout d’abord forgé un mental de fer, je savais que c’était important pour un sportif d’être solide mentalement. Je suis resté digne et solide dans la victoire comme dans la défaite. Beaucoup de sportifs ont arrêté leur carrière parce qu’ils n’ont pas pu gérer la pression. Il faut également être patient pour accéder à un certain niveau. Donc de 2006 à 2019, je peux dire que j’ai vécu de bons comme de mauvais moments. Le chemin a été long et très difficile pour moi. Aujourd’hui, j’ai atteint mon objectif : c’est à dire être le « roi des arènes ». Tout bon lutteur rêve de ce titre et j’en suis fier.

À un moment, les critiques et la pression étaient très fortes. Est-il vrai qu’il vous est arrivé de vouloir tout arrêter ?
Vous savez, au Sénégal, les gens aiment beaucoup parler et je l’ai compris très tôt. J’ai choisi comme métier la lutte, et rien ne pouvait me détourner de cela. Je me suis forgé un mental de fer, j’ai pu gérer la pression et les critiques. Je suis un être humain comme tout le monde ; il n’est pas dit que je ne dois vivre que des moments de bonheur. Je suis convaincu que je suis arrivé à ce stade grâce à mon mental d’acier. Certes, j’ai vécu des périodes tellement difficiles que j’ai voulu tout arrêter, mais après, j’ai vite chassé toute cette onde négative.

A quel moment de votre carrière avez-vous compris que vous voulez faire de la lutte votre métier ?
J’étais un soudeur métallique, en même temps j’aidais mon père dans la livraison de poissons. C’est en 2006 que je suis entré dans l’arène ; je crois que je faisais partie des révélations à l’époque. J’ai livré mon premier grand combat en 2007 contre Laye Bèye, puis Less 2. C’est après ma victoire contre ce dernier que j’ai pris conscience de mes capacités techniques et physiques. Je savais que je pouvais aller loin dans cette discipline si je croyais en moi. Entre temps, mon père avait acheté un autre véhicule dans le but d’élargir son travail et il m’avait demandé de faire mon choix. Après réflexion, j’avais opté pour la lutte, avec sa bénédiction bien sûr.

Certains disent que votre parcours n’est pas si fameux que cela et que vous ne méritez pas le titre de « roi des arènes ». Que leur répondez-vous ?
Vous savez, j’ai débuté dans les « mbapatt » et je n’étais connu qu’aux Parcelles assainies. C’est lors de ma participation au Claf (Championnat de lutte avec frappe, ndlr) de 2008 que j’ai pu percer dans le milieu. J’avais commencé à me faire un nom parce que c’était un tournoi et je que je faisais partie des favoris. J’ai d’ailleurs remporté ce tournoi devant de grands lutteurs de ma génération. Mais la vie est ainsi faite, on ne peut pas convaincre tout le monde. Certains trouvent que je mérite ce titre et d’autres contestent. Je crois que c’est grâce à mon parcours exceptionnel que je suis devenu « roi des arènes ». Tout le monde doit l’accepter, même ceux qui ne sont pas mes supporters. De 2006 à aujourd’hui, j’ai livré plus de 20 combats, j’ai enregistré ma première défaite lors de mon quinzième duel contre Balla Gaye 2. En 14 combats, je suis resté invincible. D’ailleurs, je n’ai connu que 3 revers durant ma carrière et je compte m’en arrêter là. Aujourd’hui, je mérite plus que quiconque ce titre de « roi des arènes ». Les amateurs de la lutte ne diront jamais le contraire. Je rends grâce à Dieu, parce que mes détracteurs disaient que je ne pouvais pas atteindre ce stade de ma carrière. Je vais redoubler d’effort et je n’ai plus droit à l’erreur. Je peux même dire que je suis le lutteur le plus convoité dans l’arène. Tout le monde veut prendre ma place, donc aucun combat ne sera facile pour moi désormais.

Avez-vous un plan de carrière ? Et comment comptez-vous relever le défi de la longévité sur le trône ?
Je pense beaucoup à mon plan de carrière, mais en premier lieu, il y a les entraînements. Je vais me donner à fond pour garder mon état de forme. Concernant le reste, je le laisse entre les mains de Dieu. Je veux effectivement garder la couronne le plus longtemps possible. Je veux aller à la retraite avec ce titre et je pense que c’est possible. Je suis cependant un lutteur qui ne fait pas de fixation sur mes potentiels adversaires. Je suis prêt pour tout le monde.

Le promoteur Luc Nicolaï est en train de démarcher votre combat contre Ama Baldé. Ne pensez-vous pas que vous prenez des risques en acceptant ce duel ?
Je n’ai pas dit que je vais prendre Ama Baldé comme adversaire. Mais dans la vie aussi, rien n’est facile. Actuellement, tous mes combats sont des duels à risque. Donc, que cela soit Ama Baldé ou un autre, c’est du pareil au même. Je n’ai pas à avoir peur dans l’arène. Je vais prendre les choses comme elles viennent. Si je dois affronter un lutteur, je le ferai le temps venu.

D’après vous, quels sont vos potentiels adversaires cette saison ?
(Rire). Vous savez très bien qui sont mes potentiels adversaires.

Vous parlez de votre trio (Modou Lô, Balla Gaye 2 et Eumeu Sène) ? Les amateurs de lutte veulent voir d’autres chocs cette saison.
(RireJe pense que cette année, les choses vont changer. Car certains lutteurs méritent aussi d’intégrer ce cercle. Cette saison, les amateurs auront des surprises, il y aura de belles affiches. J’ai beaucoup de potentiels adversaires et bientôt les gens seront édifiés.
Vous avez enregistré deux revers contre Balla Gaye 2. Quand comptez-vous laver l’affront ?
Mon combat contre Balla Gaye 2 n’est pas d’actualité. Notre dernier choc n’a même encore fait un an. Je pense qu’il y a d’autres ténors mieux placés que Balla Gaye 2 pour un duel. Je ne vais cibler aucun lutteur, mais je compte livrer deux à trois combats si possible. Je pense que bientôt les choses vont bouger, on est juste en début de saison.

Rien ne va plus aussi à « Rock Energie », une écurie secouée depuis quelque temps par des problèmes internes. Et il paraît que vous en êtes la cause…
(Il coupe) C’est vrai que nous avons des problèmes internes, mais je crois que tout est rentré dans l’ordre. Nous nous sommes rencontrés cette semaine pour discuter. Ce que je reproche cependant à certains, c’est d’aller vers la presse dès qu’il y a un problème. Je ne sais pas s’ils cherchent le buzz ou la célébrité, mais une écurie ne doit pas fonctionner comme cela. On peut discuter de tout en interne. La preuve : je ne ferme ma porte à aucun membre de l’écurie. Donc, je ne comprends pas les agissements de certains d’entre nous. Nous avons pu arrondir les angles lors de notre réunion, et je pense que tout est réglé maintenant.

Pourquoi Modou Lô ne chemine qu’avec des jeunes de son âge, surtout lors de vos combats chocs ?
Le sport est une affaire de jeunes. Chacun est libre cependant de parler. Les gens qui m’entourent sont des amis de longue date. Je travaille certes avec de grandes personnes (Père Ndiouga, Pape Mbaye, Ibou Lô), mais lors de mes combats, je préfère me préparer avec mes amis.

On vous voit souvent dans les grands évènements politiques. Quels sont vos rapports avec les politiciens ?
Je connais beaucoup de politiciens, mais je ne fais pas de la politique. J’ai de bonnes relations avec eux, car ils me soutiennent lors de mes combats. J’assiste souvent à certains évènements politiques par signe de reconnaissance. Le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Amadou Bâ, habite aux Parcelles assainies, à l’unité 6 plus précisément. Il me soutient et nous habitons dans la même localité ; donc c’est bien normal que je lui rende la pareille.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant votre carrière ?
Beaucoup de choses m’ont marqué. J’ai vécu de bonnes, mais aussi des périodes difficiles. Par contre, ma première défaite dans l’arène contre Balla Gaye 2 m’avait beaucoup affecté. En fait, je ne connaissais pas encore le goût de la défaite. J’étais invincible en 14 combats et c’était très difficile pour moi d’accepter ce premier revers. J’avais même honte de sortir et de regarder les gens. Mais c’est le sport. Entre temps, j’ai pu digérer la pilule et passer à autre chose.

Propos recueillis par Absa NDONG – Photos : Ndèye Seyni SAMB

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