L’ANPS REMONTE «LE FIL DES ECHECS»

«A la Can, on a attendu le meilleur mais c’est toujours le pire». C’est la première observation que le journaliste Babacar Khalifa Ndiaye a formulé dans le cadre des activités de l’Anps organisé le samedi 8 juin dernier à la maison de la presse. Comment s’expliquent ces séries d’échecs répétés après 14 participations à la Coupe d’Afrique ? Auteur du livre « Le Sénégal à la Can de foot : Pourquoi les Lions n’y arrivent toujours pas ? », y décèle deux choses : «anomalie» et «paradoxe» lorsqu’il passe en revue les différentes participations de la Can. «Il y a une anomalie et un paradoxe. Anomalie : parce que le réservoir de bons joueurs et bons entraîneurs qu’il a, le Sénégal n’a rien gagné. C’est incompréhensible ! Il y a aussi un paradoxe. On se projette toujours en avant au lieu d’aller étape par étape. On décide d’ores et déjà que l’on va aller pour gagner alors que cela ne se décrète pas», tente d’expliquer le journaliste après avoir recoupé de nombreux témoignages de différentes générations de joueurs.
CAIRE 1986 : «UN GRAND CHOC EMOTIONNEL» 

«Caire 1986» : Après deux participations lors des éditions de 1965 à Asmara et 1968 à Asmara, suivies d’une traversée du désert, le Sénégal retrouve la Can du Caire. Il entre en fanfare en surprenant d’entrée le pays organisateur de El Khatib et Abou Zeid (1-0). Malgré cette bonne entrée et ensuite un probant succès contre le Mozambique (2-0), le Sénégal de Bocandé, Roger Mendy et autre Oumar Guéye Séne est éjecté à la surprise générale de la compétition après avoir été doublé par la Côte d’Ivoire qui lui a infligé une courte défaite (1-0). «Après le deuxième match, on note une faute professionnelle. On avait de bons joueurs mais il y a eu un manqué de maitrise du règlement. Mais aussi un manque d’expérience. Il y a eu un grand choc émotionnel dans tout le pays», explique t-il.

ALGER 1990 : « LE MENTAL Y ETAIT MOINS » 

Après avoir raté le rendez-vous de l’édition en 1988 au Maroc, le Sénégal revient à la Can de 1990. Il fait sensation en épinglant en phase de poules, le Cameroun, champion d’Afrique et futur mondialiste. L’équipe entraînée par le français Claude Leroy se hisse pour la première fois en demi-finale de la Can mais butera sur l’Algérie, pays organisateur et futur vainqueur de l’épreuve. «On avait une très bonne équipe. Il y a eu un problème de mental. C’est la première compétition que le Sénégal avait la possibilité de gagner. Claude Leroy avait cette malheureuse phrase en déclarant que «le but était atteint et qu’il attendait le rendez vous de 1992 pour gagner le trophée à domicile», souligne Babacar Khalifa Ndiaye avant d’ajouter : «La Can algérienne était organisée dans un contexte explosive avec l’avènement du FIS. Mais le Sénégal a tenu bon. Kermali, l’entraineur algérien disait qu’il y avait une seule équipe qui pouvait nous battre et c’est le Sénégal. Mais on était bloqué mentalement»

SENEGAL 1992 : IMPOSSIBLE POUR UNE EQUIPE VIEILLISSANTE ET EN FIN DE CYCLE 

A domicile, le Sénégal engage la 18e édition dans une compétition, qui pour la première fois réunissait 12 pays, avec une défaite d’entrée contre le Nigeria, finaliste en 1994. En quart de finale opposé aux Lions indomptables du Cameroun, la bande à Bocandé, Teuw, Cheikh Seck, Roger Mendy, Jean Mendy et autre Amadou Diop sortait par la petite porte de cette compétition qui voit la Cote d’Ivoire sacrer pour la première fois. «L’objectif assigné était de gagner la compétition. Mais on avait une équipe vieillissante, des joueurs trentenaires dont certains ne jouaient plus en club. Victor Diagne, un des joueurs de l’équipe disait : «On a perdu car Claude Leroy a joué avec l’équipe du peuple mais pas avec son équipe», confie BKN. «Les joueurs étaient sur les rotules. C’est le Can qui m’a le moins surpris. Ce n’était pas une équipe pour gagner la Can », précise-til.

TUNIS 1994 «UNE GENERATION SACRIFIEE» 

C’est une équipe nationale presque new look avec un renfort de joueurs locaux qui engage la Can tunisienne. Momath Gueye, Athanas Tendeng, Moussa Camara, Mamadou Maréme Diallo, Souleymane Sané, Amara Traoré et compagnie réussi la prouesse de sortir le premier tour mais se fait éliminée en quarts de finale par la Zambie. «On avait mobilisé l’argent public mais on y allait sans illusions. On était qualifié sur tapis vert. Rien n’a été fait pour mettre les joueurs dans de bonnes conditions. La particularité de cette Can est que les joueurs jouaient d’abord pour percevoir leurs primes. On a fait jouer aux joueurs des matchs pour qu’ils perçoivent leurs primes. Et puis, il n’y a pas eu de hiérarchie entre Boubacar Sarr Locotte et Jules Bocandé qui étaient des novices. Les joueurs ont été laissés en eux-mêmes. Mais ils se sont débrouillés pour aller en quart de finale contre une équipe de Zambie mieux préparée et plus outillée. Décimée par un accident d’avion, il y avait un mouvement planétaire autour de cette équipe. Pour le Sénégal, l’équipe de la Can 1994 est une génération sacrifiée comme l’a confié Mamadou Maréme Diallo, un des joueurs de cette équipe »

NIGERIA 2000 : LE MENTAL MIS A L’EPREUVE 

La Can est organisée pour la première fois dans deux pays différents : le Nigeria et le Ghana. Le Sénégal en quart de finale montre de bons atouts avec une génération talentueuse composée de Fadiga, Henry Kamara, Omar Traoré, Salif Keita, Pape Sarr… Les Lions buteront devant le pays organisateur, le Nigeria. «Comme en Algérie, le problème mental nous poursuit. Le Sénégal avait la possibilité de gagner une Can avec cette équipe qui avait l’ossature composée de joueurs de la Jeanne d’Arc. Une équipe assez soudée mise en place par Amsata Fall puis Peter Schnittger».

BAMAKO 2002 : EN DEPIT DE LA TECHNIQUE, TACTIQUE ET L’ESPRIT « BOUL FALE» 

Après l’édition de 2000, le Sénégal avec El Hadji Diouf double Ballon d’or en 2002 écrit au Mali ses plus belles pages à la Can. Après un bon parcours où il réussit à prendre sa revanche sur le Nigeria, le Sénégal est tombé en finale et aux tirs au but devant le Cameroun de Eto’o, Géremy Ngitap. «C’est sans doute la meilleure performance du Sénégal à la Can. Il avait de la technique, de la tactique et de l’esprit «Boul Falé» quand les joueurs rentraient sur le terrain. Le Sénégal avait la possibilité de gagner le trophée. L’équipe a fait ce qu’elle avait à faire. On n’avait pas de problèmes. C’état le départ d’une nouvelle ère pour la Fédération sénégalaise de football au niveau de l’organisation», fait remarquer Babacar Khalifa Ndiaye.

TUNISIE 2004 : LES LIONS SE PERDENT DANS LE BROUILLARD DE RADES 

Auréolé d’un parcours élogieux en Coupe du monde, le Sénégal entre de manière timide dans la compétition. Après la phase de poule, Guy Stephan et ses protégés vont se perdre dans le «brouillard» du pays organisateur qui l’élimine en quart de finale. «C’était deux ans après 2002. Les gens avaient pris la grosse tête. Ils avaient du mal à revenir sur terre. Le Sénégal n’est pas allé au bout. On a eu de bons joueurs avec en renfort Lamine Sakho. Mais, il y a eu encore l’écueil du pays organisateur.»

EGYPTE 2006 : DESUNION ET L’ARBITRAGE-MAISON BLOQUENT LE SENEGAL 

En 2004, c’est encore une énième rencontre contre le pays organisateur. Le Sénégal coaché par le duo Abdoulaye Sarr, Amara Traoré se hisse en demi-finale et tombe sur l’Egypte pays-organisateur. Il lui tient la dragée haute mais finit par s’incliner avec la complicité d’une arbitrage-maison. «La première raison de l’élimination du Sénégal, c’est l’arbitrage. Face à l’Egypte, pays organisateur que l’on retrouve en demi-finale, l’équipe avait la possibilité de passer. Mais la pression a fait que l’arbitre (Ndlr : Divine), a faussé le jeu. L’autre raison est que l’équipe du Sénégal était allée à la Can sans l’onction, la bénédiction du ministre des Sports de l’époque (Daouda Faye, Ndlr). Certains ont même souhaité l’échec», témoigne le journaliste.

GHANA 2008 : DERAPAGES, SORTIES DE ROUTES ET HISTOIRE DE CLANS PLOMBENT LES LIONS A TAMALE 

Le Sénégal signera l’une de sa piètre campagne en terre ghanéenne. Après un nul (2-2) face à la Tunisie et une défaite contre l’Angola (3-1), le camp sénégalais se fissure avec le départ de son entraineur et une élimination dés le premier tour. «ll y avait une équipe où il y avait beaucoup de rescapés de la Can 2002. L’entraineur Henry Kasperczak ne maîtrisait pas son monde. Cela était un facteur bloquant. C’est un entraîneur qui a bourlingué mais il avait affaire à de fortes têtes. Il avait du mal à maîtriser son vestiaire. Il a fini par jeter l’éponge en plein tournoi. Ce qui était une première. Il y a eu des dérapages, sorties de routes et histoire de clans poussée à un niveau extrême au point qu’il ait eu une cassure. L’entraineur jusque-là adjoint a essayé mais il est revenu avec un échec», retient l’envoyé spécial du Soleil.

GUINEE EQUATORIALE «2012» : LE «MYSTERE» DE BATA 

L’équipe du Sénégal a fini avec une zéro pointé (3 matchs, trois défaites) et aussi avec un bilan les plus catastrophiques à la Can. «Après avoir effectué des éliminatoires de haute facture, le Sénégal arrive en favori mais il va quitter à Bata avec 3 défaites. Certains ont eu du mal à comprendre. On parle de «khons» (mystique), mais je pense au mystère du football. On avait pourtant une poule assez jouable où on retrouve la Guinée-équatoriale, la Lybie. Mais est ce qu’on avait le mental ? La question se pose.

GUINEE EQUATORIAL 2015 : «FAUTE PROFESSIONNELLE DU COACH» 

Dans «le groupe de la mort» avec comme adversaires le Ghana, l’Afrique du Sud et l’Algérie, le Sénégal réussira le plus difficile en épinglant le Ghana de Gyan et des frères Ayew (2-1). Mais la bande à Stephane Badji, Kouyaté et Djilobodji vont buter sur l’Afrique du Sud et de connaitre l’élimination suite à une défaite contre l’Algérie. «On commence bien avec le Ghana. Au 2e match le coach Alain Giresse change 45 % de l’équipe. C’était une faute professionnelle du coach qui a osé changer une équipe qui gagne. C’était difficile de remonter tout le monde. Cela a créé une tension dans les vestiaires. Alain Giresse a reconnu qu’il y a eu des clans», renseigne l’ancien chef du service sport du Soleil.

GABON 2017-«LA GROSSE DECEPTION» 

Deux victoires d’entrée lors de la campagne gabonaise et le Sénégal avait réussi à franchir allégrement le premier tour. En quart de finale, la bande à Aliou Cissé va s’incliner aux tirs aux buts devant le Cameroun de Oyondo, futur vainqueur de l’épreuve. «Le Sénégal est classé favori après de bonnes éliminatoires avec un entraîneur qui a du métier. Après un bon premier tour, on retrouve le Cameroun qui a un bon pedigree et qui peut prétendre être favori. En quart de finale, les Camerounais sont restés dans leurs zones et on n’a rien pu faire. Pourtant il y avait des solutions sur le banc des Lions. On aurait pu ne pas arriver aux tirs aux buts. A force de buter sur un mur infranchissable, on n’a pas eu la solution. Cette Can est l’une des plus grosses déceptions. Car, on avait une équipe capable d’y arriver », regrette-t-il.

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