HABIB BEYE, ANCIEN LATERAL DES LIONS ET CONSULTANT VEDETTE DE CANAL+ : «Le Sénégal ne manque pas de qualité, mais de caractère»

De passage à Dakar pour la présentation du programme de la chaine de télévision Canal + en vue de la Can, Habib Bèye a commenté l’actualité des Lions. Pour l’ancien défenseur sénégalais, l’équipe dirigée par Aliou Cissé a tout pour aller jusqu’au bout de ce tournoi, mais elle manque de caractère. 

«Le Sénégal n’est pas le favori numéro un de la Can. Il n’est pas supérieur au Maroc, à l’Égypte et au Cameroun» 

Habib Bèye n’est pas de ceux qui considèrent le Sénégal comme le favori numéro de la Can. «Ce n’est pas parce que vous avez la meilleure équipe sur le papier que vous êtes le favori d’une compétition comme la Can. L’historique a son importance. J’ai l’expérience pour en avoir joué quatre», a expliqué l’ancien latéral droit des Lions, qui a en guise d’exemple cité le Cameroun qui a remporté le tournoi lors de la dernière édition sans avoir bénéficié de la faveur des pronostics. «Le Cameroun qui a gagné la dernière édition n’était pas favori et pas du tout la meilleure équipe du tournoi. Le Sénégal n’a gagné aucun titre en Coupe d’Afrique. C’est un déficit d’expérience, même si l’équipe est de qualité», assure l’ancien international sénégalais. Le consultant vedette de Canal Plus affirme qu’il faut juste considérer le Sénégal comme un favori, au vu des forces en présence et le travail qui a été fait depuis quelques années. «Ils ont montré qu’ils ont le potentiel pour remporter cette compétition. Mais, il faudra être capable d’endosser ce statut de favori. Le Sénégal ne manque pas de qualité, mais de caractère», regrette-t-il. 

«Le Sénégal manque de mental, ce qui faisait notre force en 2002» 

Au sortir d’un Mondial où le Sénégal a été sorti pour une histoire de cartons, Habib Bèye espère qu’Aliou Cissé et ses poulains ont tiré les leçons de ces échecs. «Le Sénégal ne doit pas se cacher et doit assumer ce statut de favori. Ce statut aussi se démontre sur 90 minutes et durant toute la compétition. Le Sénégal est un grand favori, mais pas supérieur au Maroc, à l’Egypte ou au Cameroun qui va défendre son titre», lance-t-il. Convaincu que la sélection nationale regorge de talents, Habib Bèye reste persuadé que cela ne suffit pas et que le Sénégal reste une équipe qui manque de mental. «C’est ce qu’elle me renvoie en tout cas. Ce qu’on avait en 2002, c’était cette force de caractère. On avait des talents, Fadiga, Diouf ou Camara, mais aussi du caractère. Et des joueurs de devoir comme Aliou Cissé, Coly, Lamine Diatta ou encore Daff», explique Habib Bèye qui, à défaut d’un talent exceptionnel, s’est appuyé sur un mental extraordinaire pour réaliser la carrière qu’il a eue. 

«Sadio Mané doit être épaulé en équipe nationale» 

Concernant le rendement de Sadio Mané en sélection nationale, Bèye, sans hésiter, pense qu’il doit être épaulé. «Sans faire offense aux gens qui jouent autour de lui, je pense que Sadio doit être épaulé en équipe nationale. Croire que de nos temps, Fadiga ou Diouf avaient fait tout seul le travail est une erreur. Ils ont été épaulés par un Pape Bouba, Pape Sarr, ou un Salif Diao pour faire des résultats», dit-il. Aussi, l’enfant de Thiaroye indique que l’équipe du Sénégal doit être une unité. «Le Sénégal a le potentiel pour tout gagner, mais il faudra être uni mentalement (…). Il faut se servir de tous les échecs et des succès également pour avancer. Aucun d’entre nous n’est capable aujourd’hui de dire que le Sénégal va gagner cette Coupe d’Afrique. Je pense à chaque fois que c’est la bonne. Lorsque vous êtes le Sénégal, l’ambition, c’est de gagner», avance-t-il. 

«Si on dit à Cissé : ‘’on sera content de toi si tu te qualifies en finale, il y aura une contrevérité’’» 

Sur le potentiel des Lions à aller jusqu’au bout de cette compétition, Habib Bèye y croit, mais ne se satisfait pas d’une place de finaliste. «Aller en finale serait une fierté, mais ce serait aussi une déception de ne pas gagner la coupe. Si on dit à Aliou Cissé : ‘’on sera content de toi, si tu te qualifies en finale, il y aura une contrevérité’’. Je ne le souhaite pas, mais est-ce que si le Sénégal s’arrêtait en demi-finale, tout le monde allait dire que c’est le foot et s’en arrêter là ?», se demande-t-il. Et de poursuivre : «je suis persuadé que les Lions ont la capacité de gagner cette Can. On ne sait pas ce qui va se passer, mais il faut avoir confiance en eux. Il ne faut pas leur fixer de limite». S’interdisant de prodiguer des conseils à son ancien partenaire de la Tanière, Bèye estime que le métier de coach est très difficile. «Etre sélectionneur du Sénégal ou en Afrique, c’est très difficile, parce que derrière, tout le monde est sélectionneur. Je juge et j’analyse ce que je vois sur les terrains. Il a plus de paramètres que moi. Quand on se parle, je lui pose des questions sur son ressenti par rapport à son équipe ou ce qu’il a essayé de mettre en place. Il n’y a aucune certitude que mes idées fonctionnent, parce que c’est lui qui fait la mise en place», dit-il. 

«Je ne suis pas toujours d’accord avec Aliou Cissé» 

Contrairement à certains de ses anciens partenaires de la génération 2002 qui peignent Aliou Cissé comme un coach enfermé sur lui, Habib Bèye rame a contre-courant. «Aliou est très ouvert dans la discussion avec moi. On a une très bonne relation. Je le soutiens depuis le début et je refuse de le critiquer, parce que ce qu’il fait est très difficile (…). Le jour où il rendra les clés de cette équipe, là on sera capable de juger son bilan. Pour le moment, il faut analyser positivement. Je ne suis pas toujours en accord avec Aliou Cissé, mais c’est parce que chacun à sa vision de la chose». 

«Mané est plus un leader technique, ça serait un scandale s’il ne figure pas dans le top 5 du Ballon d’or» 

Concernant les qualités de leader de Sadio Mané pour le Sénégal, Bèye souligne que c’est plutôt un leader technique qu’un meneur d’hommes. «Il est discret», dit-il. Si on se réfère à sa finale en Ligue des champions, Habib Bèye se dit très déçu. «La problématique qu’on va avoir, c’est de se rappeler que Salah a marqué en finale et pas Sadio. Et pourtant, dans la débauche d’énergie, dans la percussion, Sadio a été le meilleur joueur de Liverpool et beaucoup plus en vue que lui», jure-t-il. Concernant le prochain Ballon d’or, l’ancien joueur de l’OM espère voir Sadio Mané dans le top cinq. «Si Sadio Mané n’est pas dans le top 5, ce sera un scandale. Il est positionné pour gagner le Ballon d’or, mais est-ce qu’il sera jugé comme les autres ?», demande-t-il avant de tacler les deux pieds décollés le seul journaliste sénégalais, Aliou Goloko qui n’avait pas porté son vote sur son compatriote. «Les journalistes sénégalais votants doivent lui apporter leur soutien», glisse Bèye persuadé que la Can peut changer la donne. 

«Mané est attendu depuis qu’il évolue au haut niveau» 

Une compétition où l’enfant de Bambali sera très attendu. «De toute façon, il est toujours attendu dès qu’il met son pied en dehors de chez lui. Sadio est attendu depuis qu’il est au plus haut niveau. Ce qui me plaît chez lui, c’est qu’il assume ce statut de favori et de star de plus en plus. S’il a marqué 22 buts cette saison, contre 13 ou 14 la dernière saison, c’est qu’il a pris ses responsabilités. Il n’est pas plus égoïste, mais qu’en un moment donné, il s’est dit que c’est lui le tôlier et comme Salah était moins bien, c’est lui qui a pris le flambeau et a mis les buts», souligne le natif de Suresnes, qui espère que cette génération pourra s’afficher dans l’histoire du football sénégalais comme eux l’ont fait. En terre égyptienne, Habib Bèye aimerait voir Keita Baldé, Mbaye Niang ou encore Ismaila l’aider plus. Grand défenseur de la VAR, Bèye souligne que cet outil ne peut pas être enlevé de notre football moderne. 

«Avec mes diplômes, je pourrais prendre des U17 ou U19» 

Malgré son métier de consultant qui exige une neutralité, Habib Bèye, qui est sous contrat avec Canal jusqu’en 2020, indique qu’en tant que Sénégalais, il aimerait voir les Lions remporter cette Can. Sur son avenir, il indique que son désir premier est d’entrainer une équipe de football. «J’espère arrêter, car J’ai reçu mon diplôme BEF il y a deux semaines. Un diplôme qui me permet d’entrainer des jeunes de moins de 17-19 ans. Je me suis inscrit pour une année pour un diplôme de BEPF qui permet d’entrainer en ligue 1 et 2. Avec ses diplômes, je pourrais entrainer une sélection, mais pour le moment, ce n’est pas mon ambition», a révélé Bèye qui va prendre des cours en wolof. 

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