Changement de méthode de gouvernance : Macky Sall, l’«omniprésident»

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Privé de son chef, le gouvernement est obligé de changer de méthode de fonctionnement. Dans la configuration actuelle, c’est un Macky Sall «omniprésident» qui assure la coordination gouvernementale. Il veille sur tout.

L’enterrement s’est fait en pleine lucarne, à une grande heure d’audience. Six avril 2019, Palais de la République du Sénégal. Le Premier ministre, sorti d’un tête-à-tête avec le président de la République, dévale les escaliers et tombe sur un petit pupitre installé pour la circonstance. Mahammad Dionne qui s’apprête à faire une énorme déclaration, attendu par tout un pays, scotché devant le petit écran depuis des heures, a le sourire au visage, une expression dans la tête. Une formule toute trouvée pour justifier une mesure radicale prise par le Président Sall. Face aux caméras, le chef du gouvernement lâche la mesure comme on enfonce un clou de cercueil. Pas d’effet de manche. Sans épate ni esbroufe. «Il est venu un temps nouveau, le temps d’un mieux d’Etat pour rapprocher justement l’administration des administrés, comme le chef de l’Etat en parle très souvent à travers le concept d’administration de développement. Dans cette perspective, la suppression du poste de Premier ministre va également permettre d’accélérer les réformes, pour qu’elles aient plus d’impact, uniquement pour le bonheur du peuple sénégalais», indique-t-il.

Depuis, le temps a passé avec ses évidences. Un nouveau gouvernement a été mis sur pied. Et lui, le porteur de l’avis de décès de la Primature, a été nommé ministre d’Etat Secrétaire général de la Présidence. En revanche, ce que le peuple, très dubitatif face à la mesure de Macky Sall de supprimer le poste de Premier ministre, ignore encore, c’est : comment le gouvernement passe sa vie sans PM ? Sans cet organe vital, courroie de transmission entre le président de la République et les ministres ? «Tout est centré au cabinet présidentiel», expliquent, presque en chœur, des membres du gouvernement contactés par L’Observateur.

«Beaucoup plus de responsabilité»

A l’absence d’un Premier ministre, c’est le chef de l’Etat lui-même qui supervise toute l’action gouvernementale. En amont comme en aval. Macky Sall est devenu un «omniprésident» qui surveille tout. Il reçoit tous les rapports sur la table de son bureau pour valider ou apporter des rectificatifs sur des dossiers. «Il y a beaucoup plus de responsabilités dans l’action, informe un ministre. Comme le niveau de validation est devenu unique au niveau présidentiel, nous sommes obligés à plus de rigueur, de préparation et de consultation interministérielle, avant de présenter un dossier au niveau présidentiel.» Dans ses tâches, le chef de l’Etat, Macky Sall, est souvent assisté par Mahammad Boun Abdallah Dionne, secrétaire général chargé de la Présidence et/ou par Jean Maxime Simon Ndiaye, secrétaire général du gouvernement. «Tout est géré par le Président, avec souvent un suivi du Secrétaire général de la Présidence, si c’est un projet à caractère économique ou social ou du secrétaire général du gouvernement, si ce sont des questions administratives. Le suivi n’est pas difficile.»

Même si Jean Maxime Simon Ndiaye et Mahammad Boun Abdallah interviennent souvent, il y a des domaines réservés au Président Macky Sall, tels que certains dossiers gérés par des ministères de souveraineté. Dans ces cas, Macky Sall gère tout le suivi. Surtout avec le ministère des Affaires étrangères, notamment les questions diplomatiques. «Ça va directement sur la table du président de la République, au cabinet présidentiel, souffle un membre de l’entourage proche du chef de l’Etat. La transmission est plus rapide, surtout pour la diplomatie. C’est lié à la nature du ministère. La diplomatie est un domaine qui est réservé à la compétence du chef de l’Etat.»

Collaboration interministérielle

L’autre astuce pour pallier l’absence d’un Premier ministre dans l’attelage gouvernemental, c’est la collaboration entre les ministres. Elle est devenue nécessaire voire obligatoire pour la bonne marche des actions de l’Etat, mais surtout pour la gestion des dossiers relevant de la compétence de plusieurs ministères. «L’absence de Premier ministre rend nécessaire la collaboration entre ministères avant la présentation d’un dossier au niveau présidentiel, affirme un autre membre du gouvernement. Les arbitrages qui se faisaient au niveau primatorial deviennent des séances préparatoires entre ministres, avant de soumettre des propositions au niveau présidentiel pour validation.» Il ajoute : «L’interministérialité oblige les ministères à plus de collaboration afin de proposer des solutions au Président qui tranche, donc nous sommes obligés de nous entendre sur un maximum de choses, avant d’aller en arbitrage chez le Président. Alors qu’avant, les questions interministérielles devaient se régler avec le Premier ministre. Donc, c’est plus de responsabilité en termes de processus.»

Un processus fluidifié par la collaboration entre les différents ministères. «Il y a une diligence dans le traitement, d’une part et une collaboration avec les ministres d’autre part, assure notre source. Il y a un pragmatisme dans l’action et en même de la diligence. Il y a surtout de la réactivité. Il y a des retours. Sur certaines interpellations, il y a certains dossiers que le Président diligente rapidement et structure aussi les secteurs d’accompagnement. A l’état actuel, dans la gestion des dossiers et avec l’implication du ministre sur des questions qui interpellent une décision de l’autorité, je ne vois pas une grosse différence qu’un Premier ministre pourrait aider à régler. Les services des ministères travaillent en complémentarité, même si les choses peuvent être améliorées.»

La vie sans Premier ministre, c’est aussi la fin de plusieurs lourdeurs administratives. «Il n’y a pas de protocole entre les ministres, il n’y a plus de lourdeur administrative. Il y a le minimum, mais on peut aller rapidement dans la prise en charge qui touche d’autres ministères. Le Président répond directement et les instructions sont très rapides au niveau du cabinet.» D’habitude, c’est le Premier ministre qui présidait les conseils interministériels, maintenant, c’est le président de la République qui désigne un ministre de son choix pour être à la place jadis occupée par le chef du gouvernement. Qu’en est-il de la pression ? «La pression est la même. C’est plus la durée du mandat qui est source de pression que l’absence de Premier ministre. Il y a une nette différence entre avoir 5 ans et 7 ans pour délivrer des projets», confie ce membre du gouvernement. «Seulement, confie-t-il, vous comprendrez que quand on rend compte directement au chef de l’Etat, il y a une certaine crainte.» Une certaine peur liée à la nature puissante de la fonction de chef de l’Etat.

CODOU BADIANE

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