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Olivier Perrin décortique le comportement d’ensemble de l’équipe du Sénégal qui a composté son ticket qualificatif à la Coupe du monde 2018. Pour le manager général de Génération Foot, c’est grâce au pragmatisme du sélectionneur que les Lions sont arrivés à ce stade. Pour le technicien français, même si le jeu des Lions n’est pas chatoyant, Cissé tire le meilleur de son équipe et est parti pour faire un bon Mondial.
Coach, qu’attendez-vous pour intégrer la Direction technique nationale du Sénégal ?
Je ne sais pas. Avec ma nationalité française, je ne sais pas si c’est autorisé. J’ai eu à travailler dans le Comité directeur de la Ligue mais on m’a dit que je ne pouvais pas voter parce que je suis Français. Et je me suis retiré. Personnellement, je ne suis contre rien pour aider le football sénégalais que je connais bien. Si on fait appel à moi, dans quelque domaine que ce soit, je serai là. Le football reste ma vie mais en un moment donné je n’ai pas à faire les premières démarches. Je suis manager général dans un grand club et je connais bien ma mission principale. Je trouve bizarre de voir des coaches qui sont à la fois entraîneurs nationaux et entraîneurs dans des clubs. Ce n’est pas commode. Parce que pour moi, je ne peux pas faire deux choses à la fois. Par contre, j’aimerais bien faire partie de la Commission de réorganisation du calendrier ou être dans un domaine technique. 
Quelles sont vos relations avec Aliou Cissé ?
Je l’ai croisé quand il était entraîneur des Juniors. Pour le reste, je n’ai pas de relation particulière avec lui. Je connais bien des joueurs de l’équipe nationale parce que j’en ai entraîné 5 à Metz. Je n’ai non plus aucun problème particulier avec Aliou. On n’a pas eu l’occasion de se croiser dans nos missions respectives. 
N’avez-vous pas tenté de le démarcher afin de lui donner un coup de main du vécu que vous avez déjà dans le football ?
Non pas du tout. Ce serait quand même manquer de modestie de ma part. Quand un coach a son staff et sa méthode de travail, il a des choix à opérer et des décisions à prendre. S’il a envie d’aller discuter avec les gens il le fera naturellement. Je suis un vrai supporter de l’équipe du Sénégal. Et je considère qu’il a fait du bon travail jusqu’ici et il est sérieux dans ce qu’il fait. Je lui souhaite une bonne réussite. Je connais bien les joueurs et je sais qu’il y en a de bons dans cet effectif du Sénégal, notamment ceux que j’ai entraînés. Aujourd’hui, je suis plus l’équipe du Sénégal que celle de la France.
Quel regard portez-vous sur le groupe H de la Coupe du monde 2018 que le Sénégal partage 8 avec la Colombie, le Japon et la Pologne ?
C’est un groupe équilibré où il n’y a pas trop d’écart. Les équipes se valent. Mais, en Coupe du monde, pour avoir des résultats, il faut des points forts. Le Sénégal a des points forts et cette équipe est redoutable et très forte sur les coups de pied arrêtés. Avec des joueurs comme Sadio Mané qui sont capables de faire la différence tout seul, le Sénégal est à craindre. En France, il y avait en un moment un joueur comme Zinedine Zidane qui peut faire basculer un match à lui tout seul. Les matchs de la Coupe du monde seront un peu plus ouverts contrairement à ceux des éliminatoires de la Coupe d’Afrique. Le Sénégal est performant dans les attaques rapides et contre-attaques. Les matchs de la Coupe du monde conviendront bien à l’équipe de Cissé qui quoi que l’on dise reste explosive.
Etes-vous d’avis que le Sénégal produit un jeu peu convaincant ?
Dans un match de football, il y a plusieurs façons de gagner. On peut être tous adeptes du FC Barcelone ou du Real Madrid mais il faut aussi respecter les résultats que Mourinho a eus. Il faut tirer le meilleur de son équipe. Je vous dis que le Sénégal n’a pas été toujours dans de très bonnes conditions notamment à domicile. C’est déjà compliqué de produire un bon jeu sur la pelouse du stade Léopold Sédar Senghor. Un match de football se gagne par un système. Beaucoup de gens voudraient voir cette équipe gagner des matchs en maîtrisant le jeu à 70% du temps. Mais tout le monde ne peut pas faire ça. L’essentiel pour un sélectionneur c’est d’amener son équipe dans une phase qualificative. Si le Sénégal produisait du bon jeu sans se qualifier, vous verrez ce que ça fait. La France en 1998 jouait très mal mais comme elle était championne du monde, on n’a retenu que ça. Tout le monde a oublié. Les gens pensaient que le 3-0 infligé au Brésil c’était la « Samba ». On a oublié tous les autres matchs laborieux que la France avait faits par le passé. C’était une équipe qui avait du mal à produire du jeu comme on l’aurait souhaité. En un moment donné, il faut savoir être pragmatique dans le football. Moi, j’aime bien le football où on met des buts mais tout le monde ne peut pas jouer comme le Brésil, tout le monde n’a pas les mêmes qualités que les joueurs espagnols. Donc, pour cela, il faut se dire qu’on peut gagner les matchs autrement. C’est-à-dire rester efficace même si on ne produit pas du bon football. 
Mais la génération 2002 avait quand même un jeu plaisant ?
En 2002, les joueurs sénégalais qui avaient croisé la France jouaient bien mais ils n’avaient pas la possession du ballon pendant 70% du temps réglementaire. Il y a eu une équipe de contre, de puissance et d’attaque. Elle est arrivée à faire la différence. Je comprends le public, les sportifs ou encore certains coachs. Si le Sénégal est qualifié en quart de finale ou en demi-finale et qu’il n’est pas parfait dans le jeu, tout le monde sera content. Il faut une bonne stratégie à l’entraîneur. Maintenant, les gens peuvent ne pas être d’accord avec lui. Dans ce cas, on peut toujours discuté. Mais, l’entraîneur est jugé sur les résultats. Aliou Cissé a terminé premier de sa poule, il est qualifié à la Coupe du monde, on ne peut pas lui demander plus. Maintenant, des griefs, on peut toujours en avoir mais il faut l’accompagner et le féliciter pour tout ce qu’il a fait avec cette équipe du Sénégal. 
Les choix de Cissé sont aussi décriés…
Il faut reconnaitre qu’il a fait des choix forts surtout pour ces derniers matchs. Il a mis Diafra Sakho et laissé Baldé Keita sur la touche. A partir de ce moment, on ne peut rien lui reprocher puisqu’il a gagné. Là, il est sur une autre phase et il a montré qu’il était pragmatique. A la Coupe du monde, la vérité d’aujourd’hui ne sera pas forcément celle de demain. Il faut avoir la chance d’arriver à la compétition avec un effectif au complet mais aussi mettre en place des principes de base pour permettre à votre équipe de regarder son équilibre.

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