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Seul défenseur à avoir marqué cette année sur trois journées de suite, Alioune Ndiaye revient de très loin. À 26 ans, l’actuel défenseur de Teungueth FC s’est fait opérer les ligaments croisés du genou droit en 2012 et le gauche en 2016. Deux grosses blessures qui l’ont écarté des terrains pendant longtemps. Et à présent, l’international sénégalais qui révèle avoir été soigné gratuitement par le président de Diambars, Saer Seck, estime qu’il n’a qu’un objectif : «continuer à jouer au foot».

Alioune, lorsque vous marquez la semaine passée contre l’US Ouakam (1-1), votre 3ème but en 3 journées de suite, à quoi pensez-vous en premier ?

Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de le réussir. Pour un défenseur, ce n’est pas évident de marquer sur trois journées de suite. C’est n’est quand même pas ordinaire. Ce match, en plus, on voulait absolument le gagner parce que toutes les deux équipes sont actuellement dans la même situation. On joue le maintien.

Vous n’avez pas pensé à ces blessures qui vous ont éloigné des terrains presque 8 mois et au fait que vous revenez bien ?

Oui, c’est clair. D’ailleurs, comme toujours hein, après mes blessures (il sourit et marque un temps d’arrêt avant de reprendre), je reviens bien. Dieu sait que cela n’a pas été facile durant ces dernières années. À chaque fois, mentalement et physiquement, je trouvais les ressources pour revenir, mais je rechutais juste après. J’ai très mal vécu ces périodes. Heureusement que ma fa- mille, certaines personnes qui me sont chères ont été là. J’en profite vraiment pour remercier le kinési- thérapeute de Diambars, Ndiaye et le président Saer Seck qui m’a logé, nourri et soigné gratuitement. Je le répète bien, gratuitement. Voilà ce qu’il m’a dit «je ne t’aide pas parce que j’attends quelque chose en retour de toi ou du Jaraaf. Je t’aide parce tu es international et que tu représentes le pays». Et je pense que je ne suis pas le seul qu’il a aidé.

Vous n’étiez pourtant pas dans son équipe. Comment cela a pu se passer ?

On s’est croisé durant l’intersaison au mariage de Momoh Cissé (ancien joueur de Diambars) qui est un ami à moi et avec qui j’ai joué en équipe nationale locale. Il m’a demandé comment j’allais et si je me sentais mieux. Je lui ai dit ce qu’il en était. Que j’étais en rééducation mais que cela n’avançait pas trop. Il m’a proposé d’aller au centre avec les kinés de son club. Une chose que je n’ai pas hésité à faire. Et pendant que tout le monde était en vacances, je suis allé travailler à Saly. Il me l’avait d’ailleurs déjà proposé en début de saison. Mais les dirigeants du Jaraaf club avec lequel j’étais sous contrat, n’étaient pas d’accord.

Au Sénégal, qu’est-ce qui est le plus difficile quand on a ce genre de blessure ?

Dans mon cas, il y a eu plusieurs choses à la fois. D’abord pour un joueur, c’est déjà très difficile de supporter une blessure. Surtout quand il s’agit du genou. Les miennes sont en plus toujours arrivées quand j’étais sur une bonne lancée. Ça me freinait juste au moment où je prenais mon envol. Cette dernière blessure au genou par exemple, je l’ai eue juste quand la convocation en équipe nationale locale est arrivée. On devait jouer contre le Mexique aux États-Unis. Le début du regroupement était prévu le lundi, je me suis blessé le samedi en championnat. Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que je ne me suis jamais blessé après un contact. C’est à chaque fois après un faux pas ou une mauvaise réception. Mentalement, c’est très dur de vivre avec ça. On se rend compte que tous les efforts effectués auparavant sont vains. Tu t’affaiblis incontestablement sur le plan psychologique. C’est là où j’insiste sur l’environnement. Pour pouvoir bien revenir et ne pas lâcher, il faut vraiment avoir du soutien.

Alioune Ndiaye – Mor Nguer (US Gorée 0-0 Jaraaf / 2016)

Qu’appelez-vous environnement ?

Je parle d’abord de l’équipe dans laquelle tu joues. De ta famille. De tes proches. De la personne même qui te soigne. Il doit y avoir une complicité entre vous. Et je pense sincèrement que c’est ce qui a fait la différence quand je suis parti à Diambars. J’avais une relation particulière avec Ndiaye qui est aussi le Kiné de la sélection locale. Psychologiquement, il m’a bien soutenu. Ce que je n’avais pas complètement auparavant. Parce que ce qui m’avait vraiment le plus irrité, c’est que le jour de ma blessure avec le Jaraaf, au sein même de mon équipe, j’ai entendu certains dire qu’il a fait exprès de sortir de ce match pour aller en équipe nationale. C’était contre Ngor. On menait 1-0 quand je me suis blessé. On a ensuite perdu 3-1. C’est une faute professionnelle de penser à ça. Ils ne savent pas que ce maillot m’est très cher. Si j’ai été international, c’est grâce à mes performances avec cette équipe. Ce club est dans mon cœur et je l’ai toujours supporté depuis mon enfance. J’étais tout petit quand mon oncle m’amenait au stade pour regarder les matchs. J’étais au stade Léopold Senghor quand Mansour Ayanda marquait d’une grosse frappe contre Enymba du Nigeria en coupe d’Afrique. Ces paroles m’ont donc fait mal au plus profond de moi. Que cela soit clair cependant, je n’en veux pas au Jaraaf que je respecte beaucoup, mais à certaines personnes qui travaillent pour ce club et qui ont pensé ça de moi.

Toutes ces blessures vous ont peut- être coûté un contrat à l’étranger…

Non, je ne dis cela parce que je crois en Allah et je sais que tout dé- pend de Sa volonté. Après, je reconnais que c’est très difficile et je suis même allé jusqu’à stopper le football alors que j’avais arrêté mes études pour le foot. J’ai eu mon bac L2. Je suis allé en Angleterre en 2010. J’ai joué en semi-pro. Mais mon type de visa ne me permettait pas de jouer en pro car je ne pouvais pas avoir le permis de travail. Le niveau de vie à Londres était très cher. Après six mois, j’ai décidé de rentrer alors qu’il me restait deux ans de séjour. C’est quand je suis rentré que j’ai arrêté le football pour travailler au sein d’une compagnie aérienne, TAP Portugal, comme agent commercial.

Et pourquoi êtes-vous revenu sur cette décision ?

Un peu à cause du Navétane. En fin 2011, j’ai repris avec mon ASC Dieuppeul. J’étais le capitaine et nous sommes allés jusqu’en finale. C’est à partir de là que deux neveux de Mbaye Diouf Dia m’ont proposé d’aller jouer un match amical à Mbour. Je suis parti. Après ce match, Mbaye Diouf Dia m’a dit «joue avec nous le tournoi du Parlement. Tu n’as pas besoin de contrat ou de licence pour cette compétition». Touré Kunda va jusqu’en finale. Je fais un très bon tournoi. et Mbaye Diouf Dia me dit «il faut arrêter ce boulot. Tu n’es pas fait pour cela. Dis-moi combien tu es payé et je t’en donne autant». Tout est reparti de là.

Cette année, vous avez effectué la préparation d’avant-saison avec Diambars et joué même le tournoi du parlement avec ce club avant de signer avec Teungueth fC. Que s’est-il passé réellement ?

J’ai lu et entendu tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Comme quoi, c’est parce que je n’avais pas le niveau de Diambars. C’est vrai que je ne fais pas un bon tournoi. Je suis même nul sur les matchs que j’ai joués, mais les gens oublient que je n’avais plus disputé un match depuis 8 mois. Que je n’étais pas à 100%. Ils ne mesurent même pas les efforts que j’ai fournis pour revenir. Pendant toutes les vacances, j’étais à Saly en train de me défoncer pour revenir avec le kiné de Diambars. Ce n’était même pas prévu que je joue pour Diambars mais quand les joueurs pros sont revenus de vacances, le Kiné m’a dit «le meilleur moyen de savoir si tu es OK, c’est de faire la préparation d’avant-saison. Si tu veux, je peux en parler au coach pour qu’il t’intègre dans le groupe». Le coach a répondu favorablement. J’ai fait la préparation et je ressentais encore des douleurs. Saer a payé une nouvelle IRM. C’est ainsi qu’on n’a découvert qu’il y avait au-delà de la lésion méniscale une lésion ligamentaire. Si je n’avais pas fait cette préparation, joué des matchs amicaux et le tournoi du Parlement, je n’aurais jamais su cela. Le président Saer m’a effectivement proposé un contrat. Nous ne sommes pas tombés d’accord. Il a respecté ma décision et m’a conseillé. Je ne suis plus tout jeune. Je n’ai pas 19 ans mais 26 ans. Et je tiens à le préciser, c’est mon âge réel. Je suis né le 19 septembre 1990, je n’ai jamais fait de jugement. Je ne sais même pas comment le faire. Il fallait que je fasse donc le bon choix.

Au Sénégal, vous avez porté le maillot de 4 clubs. Avec lequel vous avez le plus pris du plaisir ?

À Teungueth, je pense que c’est un peu tôt pour apprécier. À Touré Kunda, ça a été assez bref. Mes deux réelles aventures, c’était à l’AS Pikine et au Jaraaf. Très sincèrement, j’ai vécu des moments inoubliables dans ces deux clubs. Une partie de ma famille habite Pikine et moi-même j’y ai passé une partie de mon enfance. Le président Modou Fall m’a engagé alors que j’étais toujours avec mes béquilles et que je sortais d’une opération des ligaments croisés du genou droit. C’est de la confiance. J’y ai gagné un titre de champion, même si je n’ai pas beaucoup joué.

Justement, est-ce qu’un joueur peut se réjouir d’un titre alors qu’il n’a presque pas joué ?

Honnêtement, pour moi c’est non. Parce que pour savourer réellement un titre, il faut pouvoir dire «j’ai apporté ma pierre à l’édifice». Et lorsque l’on ne joue presque jamais, on ne peut pas y contribuer. Moi, je suis un compétiteur. J’aime être acteur. J’ai toujours envie de jouer. Je ne prends jamais du plaisir à être sur le banc. Mais je respecte toujours les choix du coach. Je n’ai jamais rouspété, ni revendiqué quoi que ce soit.

Comment entrevoyez-vous la suite de votre carrière ?

Pour le moment, je veux juste continuer à jouer et à profiter du football. C’est mon unique objectif. J’ai été terrorisé par mes blessures. Surtout la dernière.

Même ne pas aller à l’étranger ?

Ce serait mentir que de dire le contraire, mais je sais que cela passe par enchaîner les matchs, les performances, être à 100%, ne passe blesser et retrouver la sélection.

Stades

 

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